Djamila Ribeiro

La justice de São Paulo condamne un membre d’un groupe d’extrême droite à indemniser Djamila Ribeiro pour des insultes en ligne

Redação

6 de fevereiro de 2026

Djamila Ribeiro a remporté une victoire judiciaire importante : mercredi dernier, le 4, le Tribunal de justice de São Paulo (Tribunal de Justiça de São Paulo, TJSP), en accueillant partiellement un recours, a jugé qu’une publication de Renan Antonio Ferreira Santos sur X (ex-Twitter) dépassait le débat public et portait atteinte aux droits de la personnalité, fixant l’indemnisation du préjudice moral à 30 000 R$.

L’arrêt, rédigé par la juge Lucilia Alcione Prata, a également ordonné la suppression du contenu, une rétractation publique et l’obligation de s’abstenir de nouvelles publications reprenant ou évoquant la même attaque, sous peine d’amende.

La décision peut encore faire l’objet d’un recours — et Djamila, tout en célébrant le résultat, a tenu à le préciser publiquement. Mais ce jugement pose déjà un repère symbolique et juridique : le tribunal affirme clairement que la liberté d’expression n’autorise ni la disqualification personnelle, ni la diffamation, ni la stigmatisation, surtout lorsque l’attaque s’appuie sur des stéréotypes raciaux et de genre amplifiés par l’environnement numérique.

À l’origine de l’action

Le dossier porte sur une publication attribuée au défendeur — dont la paternité, selon l’arrêt lui-même, n’est pas contestée — dans laquelle Djamila est traitée de « jeca » et associée à un supposé « agenda » aligné sur le « crime organisé ».

Le TJSP a posé la question de façon directe : il ne s’agissait pas d’un désaccord idéologique, mais de déterminer si la publication dépassait les limites constitutionnelles de la critique pour devenir une atteinte à l’honneur, à l’image et à la réputation.

« Jeca » n’est pas neutre : l’arrêt qualifie l’insulte de mécanisme d’infériorisation

L’un des passages les plus marquants de la décision concerne l’interprétation du terme « jeca ». Le tribunal rejette l’idée d’un mot « inoffensif » ou simplement ironique. Au contraire :

« L’expression “jeca”, loin d’être sémantiquement neutre, porte une forte charge symbolique et péjorative. Dans l’imaginaire social brésilien, elle renvoie au personnage “Jeca Tatu”, décrit dans l’œuvre de Monteiro Lobato comme un métis (“caboclo”), associé au retard, à l’ignorance et à la marginalisation sociale, présenté comme paresseux et indolent. Son usage, dans le contexte de la publication, vise à réduire et à rabaisser la demanderesse en la comparant au “JECA” et en diminuant sa capacité intellectuelle et sociale. Lorsqu’elle est dirigée contre une femme noire, intellectuelle, écrivaine et référence dans la lutte antiraciste, la langue employée renforce des stigmates structurels, reproduisant des mécanismes de délégitimation historiquement utilisés pour faire taire les voix féminines et noires dans l’espace public. »

Le tribunal qualifie aussi de plus grave l’affirmation selon laquelle « son agenda est le même que celui du crime organisé », estimant qu’elle dépasse l’opinion et suggère un alignement éthique et politique avec des pratiques criminelles, avec un potentiel d’atteinte à la réputation et de tromperie du public.

Perspective de race et de genre : les orientations du CNJ dans la motivation

L’arrêt indique que l’analyse « impose » un examen sous une perspective de genre et de race, en citant les résolutions n° 492/2023 et n° 598/2024 du Conseil national de justice (Conselho Nacional de Justiça, CNJ) — l’organe chargé de définir des orientations administratives et des politiques publiques pour le pouvoir judiciaire brésilien. Ces textes invitent les magistrats à reconnaître les stéréotypes et pratiques discursives discriminatoires, y compris lorsqu’ils se présentent sous une « neutralité formelle ».

Le tribunal reconnaît que certains discours produisent des impacts disproportionnés contre les femmes noires, surtout lorsqu’ils opèrent par rabaissement et criminalisation symbolique. Il souligne également qu’Internet amplifie le dommage, l’environnement numérique étant traité comme un accélérateur de violence, qui diffuse les offenses et déclenche des attaques de tiers.

La magistrate relève en outre que la publication a suscité des commentaires ultérieurs contenant des attaques racistes et misogynes, ce qui renforce la thèse d’un « potentiel dommageable accru » des réseaux.

Indemnisation, rétractation et suppression : ce que le TJSP a ordonné

Dans le dispositif, le tribunal fixe 30 000,00 R$ au titre du préjudice moral, en mentionnant l’actualisation monétaire à partir de la date de publication de l’arrêt et les intérêts à compter du fait dommageable (la publication).

Au-delà du montant, il ordonne : la suppression de la publication offensive ; une rétractation explicite sur le profil X du défendeur au sujet du message traitant Djamila de « stupide », de « jeca » et la liant au « crime organisé » ; et l’obligation de s’abstenir de nouvelles publications reprenant ou évoquant le même contenu, avec une amende par publication.

Djamila a annoncé que, une fois la décision définitive et le paiement effectué, la somme sera reversée à l’Instituto Feminismos Plurais (Institut Feminismos Plurais), qui accompagne des femmes en situation de vulnérabilité sociale. La victoire ne met pas fin à la lutte. Mais elle laisse une trace : l’honneur n’est pas une vanité — c’est une condition de citoyenneté.

« Aujourd’hui, je vais dormir heureuse. Aujourd’hui, une femme noire a vu sa voix respectée par la justice. Je m’appelle Djamila Ribeiro et, pour ma mère, pour ma grand-mère et pour toutes les femmes qui sont méprisées chaque jour dans ce pays, je revendique mon droit et mon honneur », a écrit Djamila sur Instagram. Voir :

 

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Photo : Breno Melo
Contenu traduit à l’aide de l’intelligence artificielle

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