Police fédérale, et les femmes ? L’invisibilisation de l’exploitation dans l’affaire Banco Master

Redação

1 de março de 2026

Au cours des deux dernières semaines, Djamila Ribeiro a utilisé sa tribune dans Folha de S. Paulo et ses réseaux sociaux pour mettre en lumière un aspect crucial — et systématiquement passé sous silence — de la « l’affaire Banco Master »* : la situation des femmes étrangères impliquées dans les rencontres organisées par le banquier Daniel Vorcaro.

Cette série d’articles et de réflexions vise à pousser les institutions brésiliennes à dépasser la surface des crimes financiers afin d’examiner ce qui pourrait constituer un réseau transnational d’exploitation sexuelle et de traite des êtres humains.

La dynamique des rencontres : un silence organisé ?

Les enquêtes des journalistes Mara Luquet (MyNews), Guilherme Amado (Metrópoles/PlatôBR) et Alexa Salomão et Joana Cunha (Folha de S. Paulo) décrivent une logistique internationale sophistiquée. Des femmes venues des Pays-Bas, de Suède, d’Ukraine et de Russie auraient été sélectionnées selon un critère stratégique : la barrière linguistique. Ne parlant pas portugais, elles ne comprendraient pas les négociations entre les autorités présentes.

Djamila Ribeiro interroge la passivité des agents publics face à ce dispositif :

« S’il y a des femmes déplacées, intermédiaires et rémunérées en bloc, il y a des questions qui ne peuvent être reléguées au second plan. Il est du devoir des institutions d’y répondre. »

Le critère de la Police fédérale et la « grammaire de l’objet »

Des reportages récents indiquent que des enquêteurs de la Police fédérale ont adopté le critère selon lequel la participation à des orgies, isolément, ne constitue pas une infraction pénale, sauf si elle est liée à des crimes de corruption ou de trafic d’influence.

La philosophe brésilienne souligne que cette vision techniciste masque un choix politique qui déshumanise les femmes concernées :

« Cette perspective reproduit une grammaire historique selon laquelle les femmes, surtout en situation de prostitution, ne deviennent pertinentes que lorsqu’elles sont liées au désir, au pouvoir ou à la réputation des hommes. Leur existence est lue comme une extension du sujet masculin : elles sont là “parce qu’il l’a voulu”, “parce qu’il a payé”. »

En se concentrant uniquement sur les hommes, les femmes « orbitent comme des objets fonctionnels », et l’État abdique son rôle d’enquêter sur d’éventuelles violations des droits humains.

Le lien avec l’affaire Epstein et le risque de chantage

Djamila établit un parallèle direct avec le financier américain Jeffrey Epstein, dont le réseau de luxe dissimulait un système de traite sexuelle et de contrôle de figures puissantes. Le danger d’enregistrements d’actes sexuels — comme ceux qui auraient eu lieu à Trancoso — réside dans la transformation de l’intimité en monnaie d’échange politique.

« Dans l’affaire Epstein, des enregistrements de rencontres ont été évoqués, lors d’enquêtes et de procédures judiciaires, comme de possibles instruments de pression sur des hommes puissants. Une seule image de participation à une orgie suffit à rendre un homme vulnérable à des pressions pour commettre des actes indus ou pour se taire face à eux. »

Elle avertit que, si des enregistrements sans consentement ont eu lieu dans l’affaire Master, les sphères de pouvoir brésiliennes ne peuvent traiter le matériel comme de simples « ragots » ou comme du « moralisme », mais comme une infraction pénale potentielle et un risque pour l’administration publique.

Le parallèle ne signifie pas identité des faits. Il signifie reconnaissance d’un schéma structurel.

Lorsque des rencontres sont enregistrées, une nouvelle dimension juridique apparaît. La loi 13.772/2018 a introduit dans le Code pénal l’article 216-B, qui criminalise l’enregistrement de scènes de nudité ou d’actes sexuels sans consentement, ainsi que l’article 218-C, qui sanctionne la diffusion de ce matériel. Il est important de rappeler que les crimes sexuels ne dépendent pas d’une plainte formelle de la victime pour être investigués.

« Attendra-t-on qu’une femme exploitée quitte la Croatie pour signaler, à Brasília, des crimes éventuellement commis par des hommes puissants ? », interroge-t-elle.

Au-delà de la corruption : traite des êtres humains et proxénétisme

L’enquête ne peut ignorer des infractions déjà prévues par le droit brésilien pour protéger la dignité humaine, notamment le proxénétisme (article 230 du Code pénal), qui consiste à tirer profit de la prostitution d’autrui.

Djamila insiste sur le fait que la liberté sexuelle suppose l’autonomie — un élément discutable dans le contexte d’un déplacement international organisé en bloc :

« Participer à une orgie, en soi, n’est pas un crime — à condition que toutes les personnes impliquées y soient de leur plein gré et dans des conditions réelles d’autonomie. Lorsque des femmes sont mobilisées vers un pays qui n’est pas le leur, pour rencontrer des hommes qu’elles ne connaissent pas et avec lesquels elles ne partagent même pas la langue, il est raisonnable de se demander si nous ne sommes pas face à un réseau international. »

Le débat est politique, non moral

Contrairement à ce que suggèrent les défenses des personnes impliquées, le questionnement proposé par Djamila Ribeiro ne repose pas sur un jugement moral, mais sur l’éthique publique et la protection des femmes.

« Les allégations selon lesquelles il s’agirait d’un “débat moral” ignorent qu’il s’agit d’un débat politique. Enquêter sur des réseaux de pouvoir sans enquêter sur de possibles réseaux d’exploitation sexuelle revient à produire une analyse incomplète. »

Si des femmes ont été recrutées, transportées à l’international, hébergées et rémunérées par le biais d’une intermédiation organisée, il existe une hypothèse juridique concrète à examiner. Ignorer cette dimension revient à réduire l’affaire à un problème de réputation masculine.

La question demeure : Police fédérale, et les femmes ?

* Pour les lecteurs francophones, l’affaire Banco Master désigne un scandale financier et politique en cours impliquant Daniel Vorcaro, ancien dirigeant de Banco Master, une institution financière soupçonnée d’irrégularités et de possibles opérations liées à des fonds publics. Dans le cadre de ces enquêtes sur des crimes financiers et d’éventuelles influences politiques, des reportages ont révélé l’existence de rencontres privées réunissant des autorités publiques et des femmes étrangères acheminées au Brésil selon une logistique organisée.

Contenu traduit par intelligence artificielle

 

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