Police fédérale, et les femmes ? L’invisibilisation de l’exploitation dans l’affaire Banco Master

Redação

1 de março de 2026

Au cours des dernières semaines, Djamila Ribeiro a utilisé sa chronique dans Folha de S.Paulo ainsi que ses plateformes sur les réseaux sociaux pour attirer l’attention sur une dimension cruciale — et systématiquement réduite au silence — de ce que l’on appelle désormais « l’affaire Banco Master »* : la situation des femmes étrangères qui auraient été impliquées dans des rencontres organisées par le banquier Daniel Vorcaro.

À travers cette série d’articles et de réflexions, Ribeiro cherche à inciter les institutions brésiliennes à dépasser la seule surface des infractions financières et à s’orienter vers un examen plus approfondi de ce qui pourrait constituer un réseau transnational d’exploitation sexuelle et de traite des êtres humains.

Veuillez lire ci-dessous le premier article de Djamila Ribeiro sur ce sujet, publié dans Folha de S.Paulo le 19 février.

Dans le contexte des répercussions toujours en cours de l’affaire Jeffrey Epstein — le financier américain accusé d’avoir dirigé un vaste réseau de trafic sexuel et d’avoir commis des violences sexuelles contre des adolescentes et des femmes — nous observons comment des structures et des allégations similaires émergent aujourd’hui au Brésil. C’est dans ce cadre que j’ai pris connaissance avec attention de deux reportages récents concernant les implications de Banco Master et l’organisation présumée d’orgies auxquelles auraient participé des responsables politiques, des membres du pouvoir judiciaire, des dirigeants d’entreprises ainsi que des invités du banquier concerné.

Selon un reportage de la journaliste Mara Luquet, de la chaîne MyNews, les investigations auraient mis au jour des éléments attestant l’existence de telles réunions, et un rapport confidentiel indiquerait un ratio de quatre femmes pour chaque responsable politique présent. Les femmes auraient été majoritairement suisses, norvégiennes, suédoises et néerlandaises. L’une des raisons invoquées pour ce choix serait que ces femmes ne parlaient pas portugais et ne seraient donc ni en mesure de comprendre ce qui était organisé ni d’identifier les autorités présentes.

Le journaliste Guilherme Amado, écrivant pour le portail PlatôBR, a par ailleurs révélé le critère qui aurait été adopté par la Police fédérale dans le traitement du matériel saisi. Selon ce reportage, fondé sur des déclarations d’enquêteurs, « la simple participation à des orgies ne constitue pas un crime et, prise isolément, ne donne pas lieu à des poursuites pénales ». La question n’acquerrait une pertinence juridique que si elle était liée à d’autres faits faisant l’objet d’enquêtes, tels que la corruption, l’octroi d’avantages indus ou le trafic d’influence au bénéfice de la banque.

Il convient de souligner que les informations rendues publiques jusqu’à présent demeurent préliminaires et attendent une confirmation officielle. Néanmoins, l’approche adoptée paraît incomplète. Aucune mention n’a été faite d’investigations portant sur d’éventuelles infractions telles que la traite des êtres humains, la facilitation de la prostitution, le proxénétisme ou d’autres formes d’exploitation sexuelle — comme si les femmes impliquées ne justifiaient pas, en elles-mêmes, une ligne d’enquête autonome. Pour déterminer si une infraction a été commise dans les conditions de leur venue au Brésil, il est nécessaire d’enquêter.

Comme les enquêteurs eux-mêmes l’ont correctement rappelé à la presse, la participation à une orgie n’est pas, en soi, une infraction pénale. Il convient toutefois d’apporter une précision essentielle : elle ne saurait être considérée comme licite que dans la mesure où toutes les personnes impliquées agissent sur la base d’un consentement libre et éclairé, dans des conditions réelles d’autonomie. À cet égard, il est indispensable de réfléchir aux circonstances concrètes dans lesquelles ces femmes ont été placées. Lorsque des femmes sont mobilisées pour voyager vers un pays qui n’est pas le leur, afin de rencontrer des hommes qu’elles ne connaissent pas et avec lesquels elles ne partagent même pas une langue commune, il est légitime de se demander si l’on ne se trouve pas face à un réseau international organisé de prostitution.

Cette hypothèse est d’autant plus significative que, si le critère technique invoqué définit effectivement le champ de l’intérêt pénal — comme cela a été affirmé — il convient de rappeler que la traite des êtres humains à des fins d’exploitation sexuelle, le proxénétisme et la facilitation de la prostitution constituent des infractions tant au regard du droit brésilien que des traités internationaux auxquels le Brésil est partie.

Du point de vue des hommes impliqués, il apparaît évident que l’identification des participants aux rencontres sexuelles collectives prétendument organisées par le banquier revêt une importance considérable. Comment, en effet, présumer la bonne foi ou « isoler » la participation à une orgie lorsqu’il existe des indications selon lesquelles ces rassemblements s’inscrivaient dans une dynamique plus large d’échanges d’influence, de circulation du pouvoir et de corruption de l’intérêt public ?

En ce qui concerne les femmes, les questions sont nombreuses : qui sont-elles ? Sont-elles toutes majeures ? D’où viennent-elles et comment ont-elles été approchées et réunies ? Qui a servi d’intermédiaire pour leur venue ? Des mécanismes de coercition par la dette, de rétention de documents ou d’autres formes de violence économique ont-ils été utilisés dans l’organisation de ces déplacements ? Au niveau international, les autorités des pays d’origine seront-elles officiellement informées afin qu’elles puissent, elles aussi, mener leurs propres investigations ?

Cette semaine, un reportage publié dans Folha de S.Paulo, signé par Alexa Salomão et Joana Cunha, a révélé que le ministère public et la Cour fédérale des comptes du Brésil ont demandé l’ouverture d’une enquête afin d’identifier les autorités fédérales impliquées. Selon cette demande, le ministère public se réfère à un reportage publié par le magazine numérique Liberta concernant des fêtes organisées dans un manoir à Trancoso, sur la côte sud de l’État de Bahia, qui auraient été enregistrées par le financier. Il s’agit là d’un nouvel élément d’alerte : dans l’affaire Epstein, des enregistrements de ce type ont été cités dans les enquêtes et les procédures judiciaires comme des instruments potentiels de pression sur des hommes puissants.

Bien que l’initiative du ministère public constitue une avancée importante, les informations préliminaires indiquent que l’attention demeure principalement centrée sur l’identification des hommes et sur leurs éventuels échanges d’influence. Pourtant, si des femmes ont été transportées, recrutées et rémunérées collectivement, certaines questions ne sauraient être reléguées au second plan. Il appartient aux institutions d’y répondre.

Contenu traduit par intelligence artificielle. Texte original en portugais: https://www1.folha.uol.com.br/colunas/djamila-ribeiro/2026/02/as-mulheres-das-festas-do-banco-master.shtml

Sources cited

MyNews Channel – Mara Luquet
https://canalmynews.com.br/mara-luquet/revelado-a-suruba-de-vorcaro/

PlatôBR – Guilherme Amado
https://platobr.com.br/as-orgiais-de-daniel-vorcaro-pf-define-criterios-para-enquadrar-politicos

Folha de S.Paulo – Alexa Salomão et Joana Cunha
https://www1.folha.uol.com.br/mercado/2026/02/presenca-de-autoridades-em-festas-de-vorcaro-vira-alvo-de-pedido-de-investigacao-no-tcu.shtml

Revista Liberta – https://revistaliberta.com.br/digital/cine-trancoso-os-videos-toxicos-de-vorcaro/

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