L’ascension des athlètes noirs et des sportives n’abolit pas leur subordination à la structure

Redação

4 de julho de 2026

Texte initialement publié dans Folha de S.Paulo

Je me souviens d’avoir lu, en 2006, le reportage de la Folha de S.Paulo consacré à Forty Million Dollar Slaves – « esclaves à 40 millions de dollars » -, le livre du sociologue américain William C. Rhoden, ancien joueur de basket-ball devenu commentateur. Il y analyse la condition des joueurs noirs dans le sport de son pays, en particulier le basket-ball.

Une telle approche était rare dans la presse à l’époque. J’étais alors secrétaire dans une entreprise du port de Santos ; j’avais mis mes études de journalisme entre parenthèses et je rêvais de retourner à l’université. Cette lecture m’a inspirée.

Le reportage de Guilherme Roseguini présentait la thèse centrale de Rhoden. Observant le sport professionnel américain, le sociologue soutenait que celui-ci avait perfectionné la logique de la plantation : les athlètes noirs étaient célébrés sur les parquets et les terrains, tandis que les postes d’entraîneurs, de dirigeants, de propriétaires de clubs et de responsables des politiques sportives restaient — et restent encore — aux mains des Blancs. Les salaires avaient changé ; la logique de la plantation, non.

Aussi immenses que soient les différences entre le sport professionnel américain et le sport brésilien — puissance économique, infrastructures, publicité —, la répartition raciale du pouvoir reste la même.

Ici aussi, l’horizon des athlètes noirs s’arrête le plus souvent à la fin de leur carrière sportive. Dans le football brésilien, comme le montre Donald Verônico dans sa thèse de doctorat, les fonctions intellectuelles — coordination technique, direction sportive, instances dirigeantes des clubs — demeurent presque exclusivement réservées à des professionnels blancs, tandis que les Noirs sont cantonnés à jouer et à divertir, avant de disparaître, une fois leur carrière terminée, des lieux de décision.

Dans la presse, le rôle de commentateur offert aux joueurs retraités ferait-il exception ? Si oui, Paulo Cézar Caju m’apparaît comme le cas le plus emblématique. Triple champion du monde et « chevalier » fier de sa négritude, il est devenu commentateur, polémiste et l’une des rares voix noires capables de bousculer les consensus du football brésilien.

Plus récemment, d’anciens joueurs comme Denílson et Grafite — ainsi que Richarlison, toujours en activité — se sont fait une place dans les médias détenteurs des droits de retransmission. Mais qui dirige ces chaînes ? À qui appartiennent ces entreprises ?

Même si l’on reconnaît que les hommes noirs sont mieux représentés dans la presse sportive, il est encore trop tôt pour affirmer que le contenu des opinions a changé. Comme l’observe le professeur Adilson Moreira, le racisme récréatif érige le commentateur en caution de plaisanteries empreintes d’hostilité raciale et d’analyses dépréciatives visant la négritude.

C’est l’une des stratégies qui permettent aux chaînes de reproduire le racisme sans paraître racistes. Toutes proportions gardées, le même raisonnement vaut pour le sexisme récréatif et pour la manière dont les femmes sont représentées dans une société machiste.

Il faut le rappeler : pour Rhoden, l’ascension économique des athlètes noirs n’abolit pas les rapports de subordination intellectuelle et politique à la structure blanche. Vingt ans plus tard, son hypothèse peut être élargie.

La tradition du féminisme noir nous apprend que cette structure n’est pas seulement blanche : elle est aussi patriarcale. La logique décrite par Rhoden dépasse donc la répartition raciale du pouvoir dans le sport pour atteindre celle du pouvoir entre hommes et femmes.

Cette différence complexifie l’analyse. Si les athlètes noirs rencontrent d’énormes obstacles pour accéder aux postes de direction, de commandement et d’élaboration des politiques, les sportives partent d’une position encore plus inégale.

À l’exception du tennis, elles perçoivent des rémunérations très inférieures, même dans les clubs et divisions d’élite — une profonde inégalité salariale, banalisée et encore trop peu combattue.

Si les athlètes de haut niveau — les Noirs surtout — pouvaient être décrits par Rhoden comme des « esclaves à 40 millions de dollars », seule une infime minorité de femmes atteindra, au cours de toute une carrière, une fraction de cette somme. Les femmes noires, elles, restent encore plus éloignées d’opportunités déjà rares pour l’ensemble du groupe.

Une fois à la retraite, les obstacles persistent. Un homme entraîne la sélection féminine de football, mais une femme à la tête de la sélection masculine est impensable — tout comme dans les clubs de l’élite.

Dans les fédérations, les femmes dirigeantes ont toujours été des exceptions, et je ne me souviens d’aucune qui ait été une ancienne joueuse. Pourquoi donc ? Les femmes ne comprennent-elles vraiment rien au football, ou la logique de mise au rebut décrite par Rhoden est-elle encore plus impitoyable à leur égard ?

Face à cette réalité, la prochaine chronique poursuivra ce thème pour réfléchir aux politiques publiques du sport au Brésil. À bientôt !

Paulo Cézar Caju. Photo : Getty Images

Traduit par IA

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